Ce que le bilan dit, en une page
Une intelligence dans la moyenne, une vitesse au-dessus, une mémoire des mots entendus excellente. Et, en face, une attention qui lâche sur les longues tâches visuelles, une mémoire des images faible, une auto-évaluation peu fiable, et une anxiété que la neuropsychologue a vue à chaque séance.
- Raisonner : QI total 104, tous les indices dans la moyenne, la vitesse de traitement à 111 (moyenne supérieure).
- Retenir ce qu'elle entend : 13 mots sur 14 rappelés après 30 minutes, 95e percentile. C'est son point fort, et de loin.
- L'attention auditive et l'attention divisée (suivre un son et une image en même temps) : préservées, zéro omission.
- La planification en temps non limité et la flexibilité : dans les normes.
- Attention soutenue visuelle : sur 10 minutes de barrage, elle va vite (vitesse supérieure à la moyenne) mais omet 52 cibles sur 300. Même profil sur le D2-R (rythme et concentration au 9e percentile). Elle saute des lignes, deux fois.
- Mémoire visuo-spatiale : apprendre où sont des points sur une grille, 1er percentile ; rappel différé au 16e.
- Fluence phonologique (trouver des mots qui commencent par une lettre) : déficitaire, alors que la fluence par catégorie est bonne.
- Auto-contrôle : le BRIEF des deux parents place le contrôle (vérifier son travail) à 70 et 76, la mémoire de travail à 71 et 74, la planification à 69 et 75. Seuil clinique : 65.
- Anxiété et perfectionnisme : Conners gêne/anxiété à T84, perfectionnisme à T71, et « particulièrement anxieuse » en séance.
Tout ce qui flanche est visuel ; tout ce qui tient est auditif et verbal. La neuropsychologue ne commente pas cette dissociation. Elle compte double pour nous : elle dit par où faire passer les apprentissages (section 4), et elle impose une vérification avant de conclure à un trouble de l'attention (section 9).
Ce que le bilan n'est pas : un diagnostic. La neuropsychologue écrit « fragilités compatibles avec des difficultés attentionnelles », insiste sur l'anxiété comme facteur qui « mobilise une partie de ses ressources cognitives », et recommande un suivi psychologique, des aménagements scolaires et des conseils à la maison. Ce document part de là.
Pourquoi tout se tient, et où couper
Votre intuition du « cercle qui tourne » a un nom en psychologie cognitive : la théorie du contrôle attentionnel (Eysenck et ses collègues, 2007). Elle décrit exactement Line.
Le point central de cette théorie : l'anxiété dégrade d'abord l'efficacité (ce que ça coûte), avant la performance (ce que ça donne). C'est pour ça que Line « y arrive » souvent, mais vidée. Et c'est pour ça que les tests de 2 minutes sont bons (Code au-dessus de la moyenne) alors que ceux de 5 et 10 minutes s'effondrent : la réserve s'épuise.
Deux choses amplifient le cercle chez elle, et elles sont dans le bilan :
- La surconfiance (« trop vite contente d'elle », contrôle au-dessus du seuil clinique sur le BRIEF). Elle relit, ça lui semble su, la note tombe, elle ne comprend pas, et ça confirme « je ne suis pas capable ». Dunlosky et Rawson (2012) ont montré précisément que les élèves surconfiants arrêtent d'étudier trop tôt et ont de moins bons résultats, non par manque de capacité, mais parce que leur jauge est fausse.
- Le perfectionnisme (T71). Une erreur n'est pas une information, c'est une menace. Donc elle se précipite pour en finir (observé trois fois en séance), ce qui produit des omissions, ce qui produit l'erreur redoutée.
Le même moteur tourne hors de l'école. Avec de nouvelles copines, l'attention se retourne vers elle-même (« qu'est-ce que je dis, de quoi j'ai l'air »), il ne reste plus de place pour trouver quoi dire, elle se tait, en conclut qu'elle est inintéressante, et la fois suivante stresse davantage. Même cercle, autre arène : la section 6 lui est consacrée.
Coupe 1, vider la tête : tout ce qui réduit la charge, l'inquiétude externalisée (écrite), moins de visuel dense, plus d'audio, de la structure, du sommeil.
Coupe 2, rendre la note prévisible : se tester au lieu de relire. Quand elle sait avant le contrôle ce qu'elle sait, il n'y a plus de surprise, et sans surprise le cercle tourne à vide. C'est le levier le mieux prouvé de toute cette page.
Ce qui est démontré, et à quel point
Pas de liste de bons conseils. Pour chaque levier : ce que les études disent, sur qui, et ce que ça change pour Line. Trois niveaux : solide plusieurs essais contrôlés ou méta-analyses, modéré quelques essais, souvent chez des adultes, faible usage clinique sans preuve nette.
Tout ça a été testé sur des groupes. Ce qui marche pour Line, on ne le saura qu'en essayant une chose à la fois, deux ou trois semaines, et en lui demandant. Un changement à la fois, sinon on ne saura jamais lequel a servi.
Comment travailler avec elle
Le principe : faire passer la matière par l'oreille et par le rappel, alléger le visuel, externaliser le temps et la vérification. Et arrêter ce qui nourrit le cercle.
Transformer en son
Votre idée des vidéos est la bonne, et la littérature la précise : une voix qui explique sur un schéma, en segments de 3 à 6 minutes, une idée par segment, qu'elle contrôle (pause, retour). Pas de texte long à l'écran en même temps que la voix (principe de redondance : le texte à lire en même temps qu'on écoute pénalise). Et après chaque segment, trois questions, sinon la vidéo devient une relecture en son, agréable et inefficace.
- Le moins cher : elle lit sa feuille à voix haute et s'enregistre (mémo vocal). Lire à voix haute encode déjà mieux que lire en silence ; réécouter dans la voiture ou le bus ajoute une répétition espacée gratuite.
- Google Lens sur son téléphone : prendre la feuille en photo, sélectionner le texte, « Écouter ». À tester sur une feuille de cours ; si la voix est acceptable, c'est l'audio instantané de n'importe quelle page.
- Les kits HTML : chaque étape peut avoir un bouton « écouter » (voix du téléphone, sans rien installer). Sa page « mode d'emploi » le fait déjà, sur chaque carte. À généraliser aux cours suivants.
- Les chansons : elle connaît par cœur des dizaines de textes de Hoshi sans jamais les avoir « étudiés ». C'est de la répétition espacée par l'oreille. Un résumé scandé, rythmé, sur un air qu'elle connaît, retient mieux qu'une page lue trois fois. Surtout pour les listes (dates, étapes, vocabulaire).
Se tester, pas relire
- Ses examens blancs par étapes restent l'outil principal. Ajouter une chose : avant de le faire, elle devine sa note ; après, on compare. L'écart, c'est sa jauge qui se recalibre. En quelques semaines, il se referme.
- « Fais-nous le prof » : cinq minutes, sans notes, elle explique. Là où elle bute, c'est ce qu'il reste à voir. Ça remplace « tu as étudié ? », question qui ne produit qu'un « oui » et de l'anxiété.
- Cartes question-réponse à l'oral (le recto lu par vous, elle répond à voix haute), plutôt que des fiches à relire.
Quand elle ne voit pas l'intérêt
C'est dans son profil depuis septembre : une règle « d'en haut » ne s'accroche à rien, et dès qu'elle a compris à quoi ça sert, ça rentre. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est son mode d'entrée. Avant un chapitre, une minute pour « à quoi ça sert, où est-ce que ça se voit dans la vraie vie ». Et quand elle dit « je comprends pas l'intérêt », c'est une vraie question, pas une excuse : la bonne réponse est presque toujours un exemple à elle (la danse, le montage vidéo, le piano, un trajet, une recette). Sa page lui dit de poser la question ; à nous d'y répondre sans soupirer.
Alléger le visuel
- Une feuille de prof dense, elle la lit avec un guide de ligne (une latte, un carton) : c'est le remède direct aux lignes sautées, et ça soulage aussi ses yeux.
- Ses propres synthèses : une idée par bloc, gros caractères, de l'air. Moins de choses par page, plus de pages.
- Schémas : oui, mais commentés à voix haute, puisque c'est la voix qu'elle retient, pas l'image.
Le temps, externalisé
- Le rituel du dimanche, 15 minutes, à deux : ce qui tombe cette semaine, et quel jour elle fait quoi, en remontant depuis la date du contrôle. Elle planifie déjà ses tenues plusieurs jours à l'avance : on lui dit qu'on applique la même recette aux cours. Une seule liste, pas trois.
- Des bouts de 20 à 25 minutes avec un minuteur visible, puis 5 minutes de vrai break (bouger, pas l'écran). Les longues soirées de révision sont contre-productives chez elle : c'est la durée qui la fait omettre.
- Estimer puis mesurer : « ça va te prendre combien ? » puis « ça t'a pris combien ? ». Même mécanisme que la note devinée : la jauge du temps se recalibre.
La routine de fin
C'est la réponse à « trop vite contente, ne sait pas s'auto-évaluer ». Pas « vérifie ton travail » (trop vague pour un contrôle faible), mais un plan « si… alors » en trois points, écrit sur sa trousse :
- Si j'ai fini, alors je relis la consigne et je souligne ce qu'on demande exactement.
- Chaque question a une réponse ? Aucune ligne sautée ?
- Unité, nom, date, signe.
Ce sont, trait pour trait, les erreurs de ses contrôles depuis septembre (données recopiées d'un autre exercice, unité oubliée, cases vides, consigne non suivie). Trois minutes gardées pour ça valent souvent deux ou trois points.
- « Tu as étudié ? » Remplacé par « explique-moi ».
- Compter la relecture comme du travail.
- Corriger tout en rouge d'un coup. Un type d'erreur à la fois (cette semaine : les unités).
- Les sessions longues. Trois fois 20 minutes battent une heure.
- Rassurer en boucle (« mais non, tu vas y arriver »). Voir section 5 : ça entretient.
Ce qu'on fait, ce qu'on arrête
Trois constats du bilan tiennent ensemble : l'anxiété, le perfectionnisme, la précipitation. On ne les traite pas par le réconfort, on les traite en changeant ce que l'erreur veut dire, et ce que vous faites quand elle a peur.
Mettre des mots dessus
La psychoéducation est la première étape de toute TCC : comprendre le mécanisme enlève déjà une partie de sa force. C'est le rôle de sa page « mode d'emploi » : le cercle expliqué, ses forces nommées d'abord, et des outils qu'elle choisit. À lire avec elle la première fois, pas à lui envoyer.
Comment lui présenter le bilan
Un soir calme, pas la veille d'un contrôle, pas après une mauvaise note. Vingt minutes, pas plus. Elle lit ou écoute sa page, vous êtes à côté. Dans cet ordre : d'abord ce qu'elle a de fort (c'est vrai, et c'est ce qu'elle retiendra), puis ce qui lui coûte, présenté comme un fonctionnement et non une faute, puis le cercle, puis les outils, et elle en choisit un.
Ce qu'on ne dit pas : « TDA/H » (rien n'est posé, et un mot pareil devient vite une identité) ; « tu es anxieuse » comme un trait (plutôt « quand tu stresses ») ; les comparaisons, avec Elisa ou qui que ce soit. Ce qu'on fait : on la laisse réagir, y compris « c'est nul », et on y revient trois jours plus tard, pas le soir même.
Ce qu'elle dit, ce qu'on répond
| Elle dit | On répond | Ce que ça fait |
|---|---|---|
| « Je suis nulle. » | « Tu as eu 9. Qu'est-ce qui a été raté : la matière, le temps, ou la consigne ? » | On passe du jugement au diagnostic. |
| « J'ai étudié, je sais. » | « Super. Explique-moi les trois points principaux. » | On vérifie sans accuser. |
| « Je vais rater. » | « Peut-être. Et si c'est le cas, on fait quoi ? » | Dédramatiser, pas rassurer. |
| « Je comprends pas l'intérêt. » | « Bonne question. Cherchons où ça sert. » | Sa porte d'entrée, pas une excuse. |
| « Je stresse trop. » | « Sur 10, t'es à combien ? OK. Ton kit, tu commences par quoi ? » | Nommer, puis agir. |
| « Laisse-moi, je gère. » | « OK. Je suis là si tu veux faire le prof. » | Autonomie, porte ouverte. |
Le piège de l'accommodation
C'est le point le plus contre-intuitif et le mieux prouvé (le programme SPACE ne fait que ça). Quand un enfant est anxieux, les parents s'adaptent : ils rassurent, répètent, vérifient à sa place, évitent les situations difficiles. Ça soulage sur le moment et ça maintient l'anxiété, parce que l'enfant n'a jamais l'occasion de constater qu'il peut la traverser. Ce qui la remplace : une phrase de soutien en deux temps, « je vois que c'est dur pour toi, et je sais que tu peux le gérer », puis on la laisse faire. Pas « ça va aller », pas « c'est rien ».
Changer ce que l'erreur veut dire
- Après un contrôle, trois questions dans cet ordre : qu'est-ce qui était facile, qu'est-ce qui t'a surpris, qu'est-ce que tu ferais autrement. La note vient en dernier, si elle en parle.
- Un objectif de contrôle qui n'est pas la note : « cette fois, zéro ligne sautée ». Atteignable, vérifiable, et c'est une victoire même à 12/20.
- Vos propres erreurs, dites à voix haute (« je me suis trompé de date, je corrige »). Elle apprend plus de ce qu'elle voit faire que de ce qu'on lui dit.
- Féliciter la découverte d'une erreur avant le contrôle. C'est la formulation exacte du levier : plus elle en trouve avant, moins il en reste pendant.
Le chronomètre
Elle se précipite : c'est la réponse anxieuse au temps limité, en finir pour que ça s'arrête. On ne supprime pas le chrono (il reviendra à chaque examen), on l'apprivoise en petites doses réussies : des tâches chronométrées courtes avec du temps large, et un rituel de départ de 30 secondes au début de tout contrôle : lire tout, respirer, commencer par ce qu'elle sait. Le temps supplémentaire demandé à l'école (section 7) sert à ça, pas à finir plus tard.
Le parking à pensées
« Mille choses en tête » : elles tournent parce qu'elles n'ont pas d'endroit où se poser. Un carnet, deux minutes avant les devoirs et avant de dormir, tout en vrac. La technique vient de la TCC des inquiétudes (Borkovec, 1983 : réserver un moment aux soucis), prouvée chez les adultes, peu testée chez les ados, mais sans coût. L'écriture avant un contrôle (section 3) en est la version examen.
Le kit avant contrôle, et quand ça monte
Sur sa page, en quatre gestes : écrire 5 minutes ce qui l'inquiète ; deux soupirs physiologiques ; « mon cœur bat, c'est mon corps qui se prépare » ; 30 secondes pour lire tout avant d'écrire. Et, pour le moment où le stress monte, trois gestes de TCC qu'elle peut faire seule : mettre un chiffre sur 10 (nommer une émotion la fait baisser, c'est mesuré en imagerie), « le pire, c'est quoi ? et alors ? » (dédramatiser : une note dit ce qu'elle savait ce jour-là, pas qui elle est), et la voix de la meilleure amie (ce qu'elle lui dirait, se le dire). Chacun a une étude derrière lui (section 3). Elle en garde ceux qui lui parlent.
La neuropsychologue recommande un suivi psychologique : ne pas attendre de voir si « ça passe » avec ce document. Les listes d'attente sont longues, et un(e) psy formé(e) à la TCC fera en quelques mois ce que nous ne pouvons que préparer. Signaux qui imposent d'accélérer : sommeil perturbé, maux de ventre ou de tête les jours de contrôle, refus d'aller à l'école, pleurs répétés sur les devoirs.
Le même moteur, hors de l'école
Un grand groupe d'amies et jamais assez ; avec les nouvelles, elle se tait, se trouve inintéressante, pense qu'elles préfèrent une autre ; les bons moments effacés en quelques jours ; une attention énorme à comment on la voit. Ce n'est pas un autre problème que celui des tests. C'est la même peur d'être jugée insuffisante, dans une autre arène.
Ce que le bilan en dit
Il n'a pas testé les amitiés, mais il a mesuré la sensibilité à l'évaluation, et elle est haute : gêne/anxiété à T84 et problèmes sociaux à T70 sur le Conners (se sent peu acceptée, peu sûre d'elle avec les autres), flexibilité à 72 sur le BRIEF d'Émilie (reste accrochée à une idée), et une adolescente « particulièrement anxieuse » face à une adulte qui l'évalue. Les trois arènes, contrôles, amitiés, bilan, donnent la même lecture.
Comment ça marche
Le modèle de référence de l'anxiété sociale (Clark et Wells, 1995, base de la TCC la mieux prouvée dans ce domaine) décrit sa soirée avec de nouvelles copines trait pour trait. En situation, l'attention se retourne vers l'intérieur : elle se surveille (« qu'est-ce que je dis, de quoi j'ai l'air »). De cette surveillance, elle fabrique une image d'elle vue de l'intérieur, fausse et négative (« bizarre, rien à dire »). Elle se protège par des comportements de sécurité : se taire, rester près de l'amie sûre, préparer ses phrases. Ces comportements produisent exactement ce qu'elle craint : elle paraît distante. Et après coup, la rumination réécrit le bon moment (« elle ne m'a pas écrit, donc »).
Trois biais, mesurés chez tout le monde et amplifiés chez les anxieux, expliquent le décalage entre ce qu'elle croit et ce qui lui revient :
- L'écart d'appréciation (Boothby et al. 2018, répliqué chez les enfants par Wolf et al. 2021) : après une conversation, on pense systématiquement avoir moins plu qu'en réalité. Les « je savais pas que tu étais si drôle » sont ce biais en direct.
- Le projecteur (Gilovich et al. 2000) : on surestime à quel point les autres remarquent nos silences et nos ratés.
- Le premier message (Liu et al. 2023, treize expériences) : on sous-estime nettement le plaisir que fait à l'autre une prise de contact. Elle attend qu'on vienne vers elle ; l'autre attend peut-être la même chose.
Et un fait qui recadre « elle ne vient pas vers moi » : une amitié se construit en heures passées ensemble, pas en charisme (Hall 2019 : plusieurs dizaines d'heures pour qu'une connaissance devienne une amie, bien plus pour une amie proche). La danse, la classe, les messages : chaque occasion en ajoute, et il y a de la place pour plusieurs.
Normal à 13 ans, et le bon moment
La sensibilité au regard des pairs atteint son maximum à l'adolescence, c'est développemental (Somerville 2013). C'est aussi l'âge médian où l'anxiété sociale s'installe quand elle s'installe (vers 13 ans dans les grandes enquêtes). Donc oui, c'est normal, et c'est précisément maintenant que ça se joue. La ligne à surveiller n'est pas l'intensité de ses doutes, c'est l'évitement. Elle n'évite pas les lieux (elle va à la danse, elle y va, et ça se passe bien), mais elle évite les actes, et c'est le sujet du paragraphe suivant. Si un jour elle se met à refuser des invitations, à rester à la maison, à lâcher une activité pour ne pas affronter un groupe, on passe la vitesse supérieure sans attendre.
Le mot « gênant »
C'est le mot-clé, et il mérite d'être pris au sérieux plutôt que comme un tic d'ado. La voiture devant l'école, parler fort, croiser une prof en ville, se faire remarquer, présenter de nouvelles copines : « gênant » couvre toute situation où elle pourrait être vue et jugée. Traduit, le mot veut dire « j'ai peur qu'on me regarde et qu'on pense du mal ». Le détail qui le confirme : les anciennes copines, aucun problème, elles sont même potes avec vous ; les nouvelles, impossible dans la même pièce. Ce ne sont pas les personnes qui changent, c'est leur statut : les anciennes ne jugent plus, les nouvelles sont encore des évaluatrices. Le mot est à la mode, ses copines l'emploient aussi ; chez elle, c'est l'étendue et l'intensité qui sortent du lot, et vous le voyez.
Deux choses à distinguer dedans. Il y a la gêne universelle de 13 ans (les parents devant la grille), qui ne lui coûte rien et passera seule. Et il y a celle qui lui coûte : ne pas dire bonjour à la prof, ne pas répondre à une nouvelle copine, ne pas présenter ses amies, ne rien oser dire dans un groupe. Chaque « c'est trop gênant, je pourrais pas » est un petit évitement, et c'est précisément ce qui maintient l'anxiété sociale : elle ne fait jamais l'expérience que la situation redoutée se passe bien. Elle n'évite pas les lieux, elle évite les actes, par centaines. C'est la vraie cible.
Ce qu'on fait avec « gênant »
- On arrête de souffler des phrases. « Dis-lui ça », « fais comme ça » obtient toujours « je pourrais pas », et un mini-conflit en prime. Un script reçu d'en haut n'est jamais franchi ; un barreau choisi par elle, si.
- On construit l'échelle avec elle. Lister les situations gênantes, un chiffre de 0 à 10 à chacune, et elle choisit par où commencer : les 2 et les 3, jamais les 8. Dire bonjour à la prof croisée en ville, répondre à un message, dire une phrase dans un groupe, présenter une nouvelle copine cinq minutes. Un barreau par semaine, le même jusqu'à ce qu'il descende à 2. C'est l'exposition graduée, le cœur de la TCC de l'anxiété sociale ; le psy fera la même chose, en plus structuré.
- On lui montre la courbe. Première fois 8, troisième 5, cinquième 2 : la gêne baisse par la répétition, jamais par l'évitement. Écrire le chiffre avant et après chaque barreau rend la courbe visible, et c'est la preuve qu'elle n'obtient jamais tant qu'elle refuse.
- On traduit le mot. Quand il tombe, une question : « gênant pour qui ? il penserait quoi ? et alors ? ». Pas pour la coincer : pour transformer un verdict (« c'est gênant ») en prédiction testable (« Léa va trouver ça bizarre »), que le barreau suivant permettra de vérifier.
- On choisit ses batailles. La grille de l'école, on laisse : c'est l'âge, et ça ne lui coûte rien. En revanche, on n'étend pas l'accommodation : se garer un peu plus loin chaque mois, baisser la voix partout, ne plus inviter personne, c'est l'anxiété qui règle la vie de la maison. Ce qu'on fait aujourd'hui, on le garde ; on n'en rajoute pas, et on le lui dit.
- On se montre gênants, nous. Chanter dans la voiture vitres ouvertes, se tromper de nom au restaurant et en rire : voir ses parents survivre à la gêne enseigne plus que n'importe quel discours. Jamais, en revanche, l'exposer elle devant ses pairs sans son accord : ce serait de la cruauté, pas de l'exposition.
Quand vous appelez (section 8), le brief n'est pas « des difficultés à l'école ». C'est : anxiété de performance et peur du jugement, à l'école et avec les pairs, perfectionnisme, rumination après coup. La TCC de l'anxiété sociale est, de toutes les thérapies de l'anxiété, l'une des mieux prouvées, chez les adultes comme chez les adolescents.
Ce qu'on fait, ce qu'on arrête
- On arrête « mais si, elles t'aiment bien ». C'est vrai, et ça ne sert à rien : le réconfort ne tient pas une heure et lui apprend à venir en chercher. À la place : « qu'est-ce qui s'est passé, concrètement ? », pour séparer le film du commentaire.
- On n'organise pas sa vie sociale à sa place (pas d'appel aux parents de la copine, pas d'invitation arrangée dans son dos). On crée des occasions où les heures s'accumulent, et c'est elle qui fait le pas.
- Un petit pas par semaine, choisi par elle : poser une question, envoyer le premier message, dire « j'ai passé un bon moment », rester cinq minutes de plus. Prédiction écrite avant, réalité après. On félicite le pas, pas le résultat. C'est l'exposition progressive, le cœur de la TCC, à dose familiale.
- On normalise sans minimiser : « à 13 ans, tout le monde pense ça des nouvelles personnes, et chez toi ça prend plus de place ; on va travailler ça », plutôt que « c'est rien » ou « c'est l'âge ».
- On montre les nôtres : une fois où vous avez eu peur d'un groupe, et ce que vous avez fait. Elle apprend davantage de ce qu'elle voit faire.
- Le carnet des bons moments : les faits, datés, à relire quand le commentaire revient. Preuve modeste (psychologie positive), coût nul, et c'est l'antidote direct à « éclipsé en trois jours ».
- Ses atouts dans cette arène, nommés : l'humour (on le lui dit), un grand groupe déjà là (la preuve contre sa croyance), la danse (un groupe où les heures s'accumulent sans qu'elle ait à « trouver quoi dire »).
- Les réseaux : si Instagram ou TikTok nourrissent la comparaison, c'est un sujet à ouvrir avec elle, pas un téléphone à confisquer.
Les aménagements raisonnables
La partie normée, en bref : c'est un droit, le rapport suffit comme justificatif, et la liste à demander est celle de la neuropsychologue (pages 24 et 25 du rapport). Le reste est du détail administratif, replié ci-dessous.
Ce qu'on demande : une place près de l'enseignant, loin de la fenêtre ; les consignes importantes par écrit ; les supports de cours fournis ; du temps supplémentaire aux évaluations ; un guide de ligne et un brouillon ; un local calme quand c'est possible. L'école connaît cette liste : elle sort du rapport, pas de notre imagination.
Le cadre, vérifié le 5 novembre 2026
Décret du 7 décembre 2017. La demande se fait auprès de l'école, par les parents, le CPMS ou un membre de l'équipe éducative. Le justificatif est un diagnostic posé par un professionnel de la liste de l'arrêté du 17 juillet 2019 : médecins, et aussi logopèdes, orthopédagogues cliniciens, psychologues, chacun dans son champ ; le CPMS peut lui-même poser le diagnostic. Le mot « neuropsychologue » n'y figure pas : vérifier que l'auteure du bilan porte le titre de psychologue (c'est le cas normal), et le rapport entre dans la case. Il n'y a plus de condition d'ancienneté d'un an pour une première demande.
Ensuite : une concertation (direction, conseil de classe, CPMS, parents), un protocole signé, mise en place « dans les plus brefs délais », évaluation du protocole chaque année. En cas de refus : conciliation par l'administration dans le mois, puis recours dans les dix jours ouvrables devant la Commission de l'enseignement fondamental et secondaire inclusifs, qui statue en 30 jours.
CE1D (juin 2028) : les aménagements utilisés en classe peuvent être reconduits aux épreuves externes ; certains se demandent par la direction, selon la circulaire annuelle (la dernière, n° 9668 du 24 février 2026, section F.1, page 19). À lire avec l'école en 2e, pas maintenant.
Dix lignes, pas le rapport : qui elle est, ce qui l'aide, ce qui ne l'aide pas. Les enseignants lisent une fiche ; ils ne lisent pas 25 pages. Je peux la rédiger quand vous aurez vu l'école.
Trouver la bonne personne, et la payer
Le mot « psychologue » couvre tout. Ce qu'il faut pour Line : une thérapie cognitivo-comportementale, par quelqu'un qui travaille avec des adolescents, sur l'anxiété de performance et le perfectionnisme.
Les trois questions au téléphone
- Êtes-vous formé(e) à la TCC, et l'utilisez-vous avec des ados ?
- Travaillez-vous l'anxiété de performance et le perfectionnisme scolaire ?
- Acceptez-vous de voir les parents aussi, quelques séances (c'est le volet SPACE) ?
Ce que ça coûte, vérifié le 5 novembre 2026
- Psychologue conventionné INAMI, via le réseau enfants-adolescents : pour un jeune de 23 ans ou moins, 0 € par séance, sans prescription. « Soutien » : jusqu'à 10 séances individuelles par 12 mois ; « traitement » : en moyenne 10, jusqu'à 20, sur base du bilan fait à la première séance. La convention 2024-2026 est prolongée jusqu'au 31 décembre 2027 (circulaire INAMI 2025/006, lue en extrait, texte intégral à confirmer).
- Où chercher : l'annuaire du réseau du Hainaut, psyhainaut.be, filtre « 12 à 14 ans » (fiches à Ath et à Mons), ou le moteur de l'INAMI. Le réseau s'appelle RHÉSEAU.
- Partenamut, en plus : jusqu'à 20 € par séance, 20 séances, 400 € par an, chez un psychologue conventionné ou non. Utile si la bonne personne n'est pas conventionnée, ou au-delà du quota INAMI. Formulaire « demande d'intervention psychologie » rempli par le prestataire, envoyé via My Partenamut.
- Déclic Psy (Partenamut) : trois consultations vidéo d'une heure par an, prises en charge, via la plateforme Rosa. Pas un suivi, mais un premier contact rapide si l'attente est longue.
Conventionné ne veut pas dire formé à la TCC ni habitué aux ados. Les trois questions ci-dessus se posent à tous, conventionnés compris. Mieux vaut la bonne personne à tarif libre moins 20 €, que la mauvaise à 0 €.
Trois vérifications avant le mot TDA/H
1. La vision
Le bilan s'est déroulé du 25 août au 20 octobre. Le coup à l'œil droit avec uvéite est du 5 septembre, en plein milieu. Le 16 octobre, le Dr Koch constate une myopie en hausse aux deux yeux et prescrit une correction plus forte ; les nouvelles lunettes arrivent vers le 14 novembre, donc après toutes les épreuves. Les épreuves effondrées (D2-R, Zazzo, localisation de points) sont des pages denses de petits signes, 5 à 10 minutes, en vision rapprochée, avec une ésodéviation de près qui fatigue justement là. Les épreuves courtes du même type sont bonnes. Ça ne contredit pas la neuropsychologue : ça impose une question qu'elle n'a pas posée dans le rapport.
- À la neuropsychologue : le dossier ophtalmologique était-il dans l'anamnèse ? Pondère-t-elle ses conclusions visuelles en conséquence ? Accepterait-elle de refaire D2-R et Zazzo au printemps, avec la nouvelle correction (en tenant compte de l'effet d'entraînement) ?
- Au Dr Koch ou au Dr Kadz : une acuité OD 6/10 avec microstrabisme et ésodéviation de près peut-elle produire ce profil d'omissions sur des tâches de barrage longues ?
2. Le Conners d'Émilie
Le rapport ne contient que le Conners du père, et il est nettement plus sévère que les deux BRIEF et que l'observation en séance (hyperactivité à T80, pour une adolescente décrite calme et plutôt lente qu'impulsive aux tests). Un seul évaluateur, c'est une opinion ; deux, c'est une donnée. Si le questionnaire d'Émilie a été rempli, le demander ; sinon, le remplir.
3. Le diagnostic, si vous le voulez
Pour les aménagements scolaires, le rapport suffit vraisemblablement (section 7). Un diagnostic formel de TDA/H est un acte médical (pédopsychiatre ou neuropédiatre) qui s'appuie sur ce bilan ; il n'a de sens que si vous envisagez un jour un traitement, ce qui ne se décide pas maintenant. La neuropsychologue elle-même place l'anxiété au premier plan : on commence par là, on refait le point dans six mois, lunettes et suivi psy en place.
Dans l'ordre
- 1Lire sa page « mode d'emploi » avec elle, un soir calme, en lui laissant choisir le premier outil à essayer.Cette semaine · Michael et Émilie
- 2Appeler la neuropsychologue : la vision, le Conners d'Émilie, et demander l'anamnèse par mail (elle la fournit sur demande).Cette semaine · Michael
- 3Chercher le ou la psy TCC (section 8), avec le brief de la section 6, et prendre rendez-vous, même dans deux mois.Cette semaine · Émilie ou Michael
- 4Premier rituel du dimanche, 15 minutes, une liste.Dimanche 8 novembre
- 5Écrire à l'école (titulaire et direction, CPMS en copie) pour demander les aménagements, rapport joint, liste de la section 7.Semaine du 10 novembre · Michael
- 6Premier chapitre converti en audio ou vidéo avec trois questions après ; tester Google Lens « Écouter » sur une feuille.Semaine du 10 novembre · Michael
- 7Nouvelles lunettes vers le 14 novembre : noter si les lignes sautées et la lecture changent.Mi-novembre · tout le monde
- 8Sommeil : heure et téléphone, négociés avec elle, un changement à la fois.Quand le reste tourne
- 9Construire avec elle l'échelle du gênant (situations notées de 0 à 10), puis chaque semaine un barreau à 2 ou 3, choisi par elle, chiffre avant, chiffre après.Chaque semaine · Line, avec un de vous
- 10Point à quatre semaines, avec elle : qu'est-ce qui a aidé, qu'est-ce qu'on jette.Début décembre
Ce sur quoi cette page s'appuie
Rapport : bilan neuropsychologique du 5 novembre 2026 (WISC-V, TAP, D2-R, Zazzo, NEPSY-II, Stroop, Tour de Londres, CMS, BTT, Figure de Rey, Conners parents, BRIEF parents). Études, par ordre d'apparition :
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Limites, dites franchement : plusieurs de ces études portent sur des adultes ou de jeunes adultes ; les effets en classe sont plus petits qu'en laboratoire ; aucune n'a été faite sur une adolescente avec ce profil visuel. D'où la règle du « un à la fois », et le point à quatre semaines.