Pour Michael et Émilie · 5 novembre 2026

Line : comprendre, puis agir

Ce que le bilan dit vraiment, le cercle qui la fatigue, ce que la recherche a montré (et à quel point), et ce qu'on peut mettre en place dès cette semaine, à la maison, avec elle, dans ses amitiés et à l'école.

1 · Le profil

Ce que le bilan dit, en une page

Une intelligence dans la moyenne, une vitesse au-dessus, une mémoire des mots entendus excellente. Et, en face, une attention qui lâche sur les longues tâches visuelles, une mémoire des images faible, une auto-évaluation peu fiable, et une anxiété que la neuropsychologue a vue à chaque séance.

Ce qui tient, et bien
  • Raisonner : QI total 104, tous les indices dans la moyenne, la vitesse de traitement à 111 (moyenne supérieure).
  • Retenir ce qu'elle entend : 13 mots sur 14 rappelés après 30 minutes, 95e percentile. C'est son point fort, et de loin.
  • L'attention auditive et l'attention divisée (suivre un son et une image en même temps) : préservées, zéro omission.
  • La planification en temps non limité et la flexibilité : dans les normes.
Ce qui coûte
  • Attention soutenue visuelle : sur 10 minutes de barrage, elle va vite (vitesse supérieure à la moyenne) mais omet 52 cibles sur 300. Même profil sur le D2-R (rythme et concentration au 9e percentile). Elle saute des lignes, deux fois.
  • Mémoire visuo-spatiale : apprendre où sont des points sur une grille, 1er percentile ; rappel différé au 16e.
  • Fluence phonologique (trouver des mots qui commencent par une lettre) : déficitaire, alors que la fluence par catégorie est bonne.
  • Auto-contrôle : le BRIEF des deux parents place le contrôle (vérifier son travail) à 70 et 76, la mémoire de travail à 71 et 74, la planification à 69 et 75. Seuil clinique : 65.
  • Anxiété et perfectionnisme : Conners gêne/anxiété à T84, perfectionnisme à T71, et « particulièrement anxieuse » en séance.
La ligne de partage

Tout ce qui flanche est visuel ; tout ce qui tient est auditif et verbal. La neuropsychologue ne commente pas cette dissociation. Elle compte double pour nous : elle dit par où faire passer les apprentissages (section 4), et elle impose une vérification avant de conclure à un trouble de l'attention (section 9).

Ce que le bilan n'est pas : un diagnostic. La neuropsychologue écrit « fragilités compatibles avec des difficultés attentionnelles », insiste sur l'anxiété comme facteur qui « mobilise une partie de ses ressources cognitives », et recommande un suivi psychologique, des aménagements scolaires et des conseils à la maison. Ce document part de là.

2 · Le cercle

Pourquoi tout se tient, et où couper

Votre intuition du « cercle qui tourne » a un nom en psychologie cognitive : la théorie du contrôle attentionnel (Eysenck et ses collègues, 2007). Elle décrit exactement Line.

Inquiétude« je vais rater » Moins de placeen mémoire de travail Plus d'effortpour le même résultat Fatigue, précipitationomissions, lignes sautées Coupe 1 : vider la tête Coupe 2 : rendre la note prévisible
L'inquiétude occupe la mémoire de travail ; elle compense par l'effort ; l'effort fatigue ; la fatigue fait rater des détails ; les détails ratés nourrissent l'inquiétude.

Le point central de cette théorie : l'anxiété dégrade d'abord l'efficacité (ce que ça coûte), avant la performance (ce que ça donne). C'est pour ça que Line « y arrive » souvent, mais vidée. Et c'est pour ça que les tests de 2 minutes sont bons (Code au-dessus de la moyenne) alors que ceux de 5 et 10 minutes s'effondrent : la réserve s'épuise.

Deux choses amplifient le cercle chez elle, et elles sont dans le bilan :

Le même moteur tourne hors de l'école. Avec de nouvelles copines, l'attention se retourne vers elle-même (« qu'est-ce que je dis, de quoi j'ai l'air »), il ne reste plus de place pour trouver quoi dire, elle se tait, en conclut qu'elle est inintéressante, et la fois suivante stresse davantage. Même cercle, autre arène : la section 6 lui est consacrée.

Les deux coupes

Coupe 1, vider la tête : tout ce qui réduit la charge, l'inquiétude externalisée (écrite), moins de visuel dense, plus d'audio, de la structure, du sommeil.

Coupe 2, rendre la note prévisible : se tester au lieu de relire. Quand elle sait avant le contrôle ce qu'elle sait, il n'y a plus de surprise, et sans surprise le cercle tourne à vide. C'est le levier le mieux prouvé de toute cette page.

3 · Les preuves

Ce qui est démontré, et à quel point

Pas de liste de bons conseils. Pour chaque levier : ce que les études disent, sur qui, et ce que ça change pour Line. Trois niveaux : solide plusieurs essais contrôlés ou méta-analyses, modéré quelques essais, souvent chez des adultes, faible usage clinique sans preuve nette.

Solide
Se tester plutôt que relire
Dunlosky et al. 2013 (revue de 10 techniques) : la pratique du rappel et l'espacement sont les deux seules « à utilité élevée » ; relire et surligner sont « à utilité faible ». Adesope 2017, méta-analyse : effet g = 0,61. Testé en classes réelles.
Pour Line : ses pages par étapes et ses examens blancs sont exactement ça. Règle : relire n'est pas étudier.
Solide
TCC pour l'anxiété des jeunes
Cochrane 2020 (James et al., 87 essais, près de 6 000 enfants et ados) : rémission dans 49 % des cas avec une thérapie cognitivo-comportementale, 18 % en liste d'attente.
Pour Line : le « psychologue » recommandé doit être formé à la TCC et habitué aux ados. C'est la question à poser au téléphone.
Modéré
Traiter l'anxiété par les parents seuls
Lebowitz et al. 2020, essai randomisé (124 enfants de 7 à 14 ans) : un programme pour parents seuls (SPACE) fait aussi bien que la TCC de l'enfant. Le mécanisme visé : arrêter d'accommoder l'anxiété (rassurer, éviter, faire à sa place).
Pour Line : ce que vous changez chez vous pèse autant que ce qu'elle fait. Section 5.
Modéré
Écrire ses inquiétudes avant un contrôle
Ramirez et Beilock 2011 (Science) : 10 minutes d'écriture libre sur ses peurs juste avant l'examen améliorent la note des élèves anxieux, testé en classe de 3e. Rozek et al. 2019 (1 175 élèves de 15 ans) : confirmé pour une partie des élèves. Réplications mitigées hors contexte d'examen.
Pour Line : à essayer tel quel, la veille ou le matin d'un contrôle. Coût nul.
Modéré
« Mon cœur qui bat m'aide »
Jamieson 2010 et 2016, Brooks 2014 : dire que le stress prépare le corps (au lieu de le combattre) améliore la performance à un examen. Surtout chez des jeunes adultes ; chez des ados dans Rozek 2019.
Pour Line : une phrase à lui donner, pas une technique. Elle est sur sa page.
Solide
Plans « si… alors »
Gollwitzer et Sheeran 2006, méta-analyse de 94 études : d = 0,65. Gawrilow et Gollwitzer 2008 : améliore l'inhibition chez des enfants TDA/H.
Pour Line : « si je finis avant la fin, alors je relis la consigne et je cherche une ligne sautée ». Une check-list, pas une exhortation.
Modéré
Entraînement à l'organisation
Evans, Owens et Bunford 2014 (revue des traitements du TDA/H) : les programmes d'organisation (plan hebdo, listes, matériel, vérifiés par un adulte) sont « bien établis » chez les ados. Effets sur les devoirs et les notes, pas sur les symptômes.
Pour Line : 15 minutes le dimanche, avec vous, pas seule.
Solide
Narration plutôt que texte à l'écran
Mayer (principes multimédia, dizaines d'expériences) : une explication parlée avec un schéma bat un texte avec le même schéma ; en segments courts que l'élève contrôle ; sans décor inutile. Effets solides en labo, plus modestes en classe.
Pour Line : c'est le feu vert aux vidéos et à l'audio, à une condition : des questions après, sinon c'est de la relecture en son.
Modéré
Apprendre en expliquant
Fiorella et Mayer 2013 : expliquer la matière à quelqu'un (vraiment, pas s'y préparer) améliore la rétention. Et ça révèle ce qui n'est pas su.
Pour Line : « fais-nous le prof » 5 minutes, sans notes. Remplace « tu as étudié ? ».
Solide
Sommeil
Consensus de l'académie américaine de médecine du sommeil (2016) : 8 à 10 heures à 13 ans. Le manque de sommeil dégrade l'attention et augmente l'anxiété, de façon dose-dépendante. Scullin 2018 : écrire sa liste du lendemain avant de dormir accélère l'endormissement (petit essai).
Pour Line : heure fixe, téléphone hors chambre, liste du lendemain sur papier. Négocié avec elle, pas imposé.
Modéré
Bouger
Cerrillo-Urbina 2015, méta-analyse d'essais chez des enfants TDA/H : l'exercice aérobie améliore attention et anxiété (effets moyens, petits échantillons). Chez les ados en général, effet petit à modéré sur l'anxiété.
Pour Line : la danse n'est pas négociable contre les révisions. C'est une partie du traitement.
Modéré
Respiration lente, soupir physiologique
Balban et al. 2023 (108 adultes, 5 minutes par jour pendant un mois) : deux inspirations par le nez puis une longue expiration réduit l'activation plus vite que la méditation. Petit essai, adultes.
Pour Line : deux soupirs avant un contrôle. Ça prend 20 secondes et ça ne demande d'y croire.
Solide
TCC de l'anxiété sociale
Modèle de Clark et Wells (1995) : attention tournée vers soi, comportements de sécurité, rumination après coup. La thérapie qui en découle est l'une des plus efficaces de toute l'anxiété (Mayo-Wilson 2014, méta-analyse en réseau chez l'adulte), adaptée aux adolescents (Leigh et Clark 2018), recommandée en première intention par le NICE chez les jeunes.
Pour Line : le brief du psy inclut les amitiés, pas seulement l'école. Section 6.
Solide
L'écart d'appréciation
Boothby et al. 2018 : après une conversation, on sous-estime systématiquement combien l'autre nous a apprécié. Répliqué en groupes, dans la durée, et chez les enfants dès 5 ans (Wolf et al. 2021). D'autant plus grand qu'on est anxieux.
Pour Line : « je savais pas que tu étais si drôle » n'est pas une exception, c'est la règle. Son estimation est fausse dans un sens prévisible, donc corrigeable.
Solide
L'échelle du gênant : exposition graduée
Composante la mieux établie de toute la TCC de l'anxiété chez l'enfant et l'ado (Higa-McMillan et al. 2016, cinquante ans d'essais) : une hiérarchie de situations notées de 0 à 10, abordées du bas vers le haut, répétées jusqu'à ce que la gêne baisse. Les exercices où l'on se rend volontairement un peu ridicule (Ellis) s'y ajoutent en TCC de l'anxiété sociale, avec une preuve plus mince.
Pour Line : l'échelle construite avec elle, pas pour elle ; barreaux à 2 ou 3 ; chiffre avant, chiffre après. Section 6.
Modéré
Le premier message, les questions
Liu et al. 2023 (treize expériences) : on sous-estime nettement le plaisir que fait une prise de contact. Huang et al. 2017 : poser des questions augmente l'appréciation de l'autre. Sandstrom et Boothby 2021 : les conversations redoutées se passent presque toujours mieux que prévu. Surtout chez des adultes.
Pour Line : une question plutôt qu'une phrase brillante ; le message qu'elle n'ose pas envoyer.
Modéré
Nommer, dédramatiser, se parler comme à une amie
Lieberman 2007 : mettre un mot sur une émotion réduit la réponse de l'amygdale (imagerie, adultes) ; Kircanski 2012 : nommer sa peur pendant l'exposition la réduit plus que la distraction. Auto-compassion : Marsh 2018, méta-analyse chez les ados, forte association avec moins de détresse (corrélationnel ; interventions à effets modérés).
Pour Line : « sur 10, t'es à combien ? », « le pire, et alors ? », et ce qu'elle dirait à sa meilleure amie. Trois gestes qu'elle peut faire seule, en plein contrôle.
Pas d'effet
Méditation imposée
Essai MYRIAD (Kuyken 2022, 8 376 élèves, 84 écoles britanniques) : la pleine conscience à l'école n'a apporté aucun bénéfice sur la santé mentale à un an, et a lassé une partie des ados.
Pour Line : ne pas la pousser à méditer si elle n'en a pas envie. Ce n'est pas un échec de sa part.
Faible
« Mentalité de croissance »
Sisk 2018, méta-analyse : effet moyen d = 0,08. Yeager 2019 (12 000 élèves) : un dixième de point de moyenne chez les plus faibles. Ce n'est pas rien, ce n'est pas une révolution.
Pour Line : le discours « tu peux progresser » ne suffit pas. Ce qui marche, c'est l'erreur traitée comme une donnée, et la réussite rendue prévisible.
Faible
Minuteurs visuels, pauses toutes les 25 minutes
Largement utilisés en accompagnement du TDA/H, peu d'essais contrôlés. Ne coûtent rien et structurent le temps, ce qu'elle gère mal pour les cours.
Pour Line : à tester, et à garder seulement si elle dit que ça aide.
La règle du un à la fois

Tout ça a été testé sur des groupes. Ce qui marche pour Line, on ne le saura qu'en essayant une chose à la fois, deux ou trois semaines, et en lui demandant. Un changement à la fois, sinon on ne saura jamais lequel a servi.

4 · À la maison

Comment travailler avec elle

Le principe : faire passer la matière par l'oreille et par le rappel, alléger le visuel, externaliser le temps et la vérification. Et arrêter ce qui nourrit le cercle.

Transformer en son

Votre idée des vidéos est la bonne, et la littérature la précise : une voix qui explique sur un schéma, en segments de 3 à 6 minutes, une idée par segment, qu'elle contrôle (pause, retour). Pas de texte long à l'écran en même temps que la voix (principe de redondance : le texte à lire en même temps qu'on écoute pénalise). Et après chaque segment, trois questions, sinon la vidéo devient une relecture en son, agréable et inefficace.

Se tester, pas relire

Quand elle ne voit pas l'intérêt

C'est dans son profil depuis septembre : une règle « d'en haut » ne s'accroche à rien, et dès qu'elle a compris à quoi ça sert, ça rentre. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est son mode d'entrée. Avant un chapitre, une minute pour « à quoi ça sert, où est-ce que ça se voit dans la vraie vie ». Et quand elle dit « je comprends pas l'intérêt », c'est une vraie question, pas une excuse : la bonne réponse est presque toujours un exemple à elle (la danse, le montage vidéo, le piano, un trajet, une recette). Sa page lui dit de poser la question ; à nous d'y répondre sans soupirer.

Alléger le visuel

Le temps, externalisé

La routine de fin

C'est la réponse à « trop vite contente, ne sait pas s'auto-évaluer ». Pas « vérifie ton travail » (trop vague pour un contrôle faible), mais un plan « si… alors » en trois points, écrit sur sa trousse :

  1. Si j'ai fini, alors je relis la consigne et je souligne ce qu'on demande exactement.
  2. Chaque question a une réponse ? Aucune ligne sautée ?
  3. Unité, nom, date, signe.

Ce sont, trait pour trait, les erreurs de ses contrôles depuis septembre (données recopiées d'un autre exercice, unité oubliée, cases vides, consigne non suivie). Trois minutes gardées pour ça valent souvent deux ou trois points.

À arrêter
  • « Tu as étudié ? » Remplacé par « explique-moi ».
  • Compter la relecture comme du travail.
  • Corriger tout en rouge d'un coup. Un type d'erreur à la fois (cette semaine : les unités).
  • Les sessions longues. Trois fois 20 minutes battent une heure.
  • Rassurer en boucle (« mais non, tu vas y arriver »). Voir section 5 : ça entretient.
5 · L'anxiété

Ce qu'on fait, ce qu'on arrête

Trois constats du bilan tiennent ensemble : l'anxiété, le perfectionnisme, la précipitation. On ne les traite pas par le réconfort, on les traite en changeant ce que l'erreur veut dire, et ce que vous faites quand elle a peur.

Mettre des mots dessus

La psychoéducation est la première étape de toute TCC : comprendre le mécanisme enlève déjà une partie de sa force. C'est le rôle de sa page « mode d'emploi » : le cercle expliqué, ses forces nommées d'abord, et des outils qu'elle choisit. À lire avec elle la première fois, pas à lui envoyer.

Comment lui présenter le bilan

Un soir calme, pas la veille d'un contrôle, pas après une mauvaise note. Vingt minutes, pas plus. Elle lit ou écoute sa page, vous êtes à côté. Dans cet ordre : d'abord ce qu'elle a de fort (c'est vrai, et c'est ce qu'elle retiendra), puis ce qui lui coûte, présenté comme un fonctionnement et non une faute, puis le cercle, puis les outils, et elle en choisit un.

Ce qu'on ne dit pas : « TDA/H » (rien n'est posé, et un mot pareil devient vite une identité) ; « tu es anxieuse » comme un trait (plutôt « quand tu stresses ») ; les comparaisons, avec Elisa ou qui que ce soit. Ce qu'on fait : on la laisse réagir, y compris « c'est nul », et on y revient trois jours plus tard, pas le soir même.

Ce qu'elle dit, ce qu'on répond

Elle ditOn répondCe que ça fait
« Je suis nulle. »« Tu as eu 9. Qu'est-ce qui a été raté : la matière, le temps, ou la consigne ? »On passe du jugement au diagnostic.
« J'ai étudié, je sais. »« Super. Explique-moi les trois points principaux. »On vérifie sans accuser.
« Je vais rater. »« Peut-être. Et si c'est le cas, on fait quoi ? »Dédramatiser, pas rassurer.
« Je comprends pas l'intérêt. »« Bonne question. Cherchons où ça sert. »Sa porte d'entrée, pas une excuse.
« Je stresse trop. »« Sur 10, t'es à combien ? OK. Ton kit, tu commences par quoi ? »Nommer, puis agir.
« Laisse-moi, je gère. »« OK. Je suis là si tu veux faire le prof. »Autonomie, porte ouverte.

Le piège de l'accommodation

C'est le point le plus contre-intuitif et le mieux prouvé (le programme SPACE ne fait que ça). Quand un enfant est anxieux, les parents s'adaptent : ils rassurent, répètent, vérifient à sa place, évitent les situations difficiles. Ça soulage sur le moment et ça maintient l'anxiété, parce que l'enfant n'a jamais l'occasion de constater qu'il peut la traverser. Ce qui la remplace : une phrase de soutien en deux temps, « je vois que c'est dur pour toi, et je sais que tu peux le gérer », puis on la laisse faire. Pas « ça va aller », pas « c'est rien ».

Changer ce que l'erreur veut dire

Le chronomètre

Elle se précipite : c'est la réponse anxieuse au temps limité, en finir pour que ça s'arrête. On ne supprime pas le chrono (il reviendra à chaque examen), on l'apprivoise en petites doses réussies : des tâches chronométrées courtes avec du temps large, et un rituel de départ de 30 secondes au début de tout contrôle : lire tout, respirer, commencer par ce qu'elle sait. Le temps supplémentaire demandé à l'école (section 7) sert à ça, pas à finir plus tard.

Le parking à pensées

« Mille choses en tête » : elles tournent parce qu'elles n'ont pas d'endroit où se poser. Un carnet, deux minutes avant les devoirs et avant de dormir, tout en vrac. La technique vient de la TCC des inquiétudes (Borkovec, 1983 : réserver un moment aux soucis), prouvée chez les adultes, peu testée chez les ados, mais sans coût. L'écriture avant un contrôle (section 3) en est la version examen.

Le kit avant contrôle, et quand ça monte

Sur sa page, en quatre gestes : écrire 5 minutes ce qui l'inquiète ; deux soupirs physiologiques ; « mon cœur bat, c'est mon corps qui se prépare » ; 30 secondes pour lire tout avant d'écrire. Et, pour le moment où le stress monte, trois gestes de TCC qu'elle peut faire seule : mettre un chiffre sur 10 (nommer une émotion la fait baisser, c'est mesuré en imagerie), « le pire, c'est quoi ? et alors ? » (dédramatiser : une note dit ce qu'elle savait ce jour-là, pas qui elle est), et la voix de la meilleure amie (ce qu'elle lui dirait, se le dire). Chacun a une étude derrière lui (section 3). Elle en garde ceux qui lui parlent.

Quand ne pas attendre

La neuropsychologue recommande un suivi psychologique : ne pas attendre de voir si « ça passe » avec ce document. Les listes d'attente sont longues, et un(e) psy formé(e) à la TCC fera en quelques mois ce que nous ne pouvons que préparer. Signaux qui imposent d'accélérer : sommeil perturbé, maux de ventre ou de tête les jours de contrôle, refus d'aller à l'école, pleurs répétés sur les devoirs.

6 · Les amitiés

Le même moteur, hors de l'école

Un grand groupe d'amies et jamais assez ; avec les nouvelles, elle se tait, se trouve inintéressante, pense qu'elles préfèrent une autre ; les bons moments effacés en quelques jours ; une attention énorme à comment on la voit. Ce n'est pas un autre problème que celui des tests. C'est la même peur d'être jugée insuffisante, dans une autre arène.

Ce que le bilan en dit

Il n'a pas testé les amitiés, mais il a mesuré la sensibilité à l'évaluation, et elle est haute : gêne/anxiété à T84 et problèmes sociaux à T70 sur le Conners (se sent peu acceptée, peu sûre d'elle avec les autres), flexibilité à 72 sur le BRIEF d'Émilie (reste accrochée à une idée), et une adolescente « particulièrement anxieuse » face à une adulte qui l'évalue. Les trois arènes, contrôles, amitiés, bilan, donnent la même lecture.

Comment ça marche

Le modèle de référence de l'anxiété sociale (Clark et Wells, 1995, base de la TCC la mieux prouvée dans ce domaine) décrit sa soirée avec de nouvelles copines trait pour trait. En situation, l'attention se retourne vers l'intérieur : elle se surveille (« qu'est-ce que je dis, de quoi j'ai l'air »). De cette surveillance, elle fabrique une image d'elle vue de l'intérieur, fausse et négative (« bizarre, rien à dire »). Elle se protège par des comportements de sécurité : se taire, rester près de l'amie sûre, préparer ses phrases. Ces comportements produisent exactement ce qu'elle craint : elle paraît distante. Et après coup, la rumination réécrit le bon moment (« elle ne m'a pas écrit, donc »).

Trois biais, mesurés chez tout le monde et amplifiés chez les anxieux, expliquent le décalage entre ce qu'elle croit et ce qui lui revient :

Et un fait qui recadre « elle ne vient pas vers moi » : une amitié se construit en heures passées ensemble, pas en charisme (Hall 2019 : plusieurs dizaines d'heures pour qu'une connaissance devienne une amie, bien plus pour une amie proche). La danse, la classe, les messages : chaque occasion en ajoute, et il y a de la place pour plusieurs.

Normal à 13 ans, et le bon moment

La sensibilité au regard des pairs atteint son maximum à l'adolescence, c'est développemental (Somerville 2013). C'est aussi l'âge médian où l'anxiété sociale s'installe quand elle s'installe (vers 13 ans dans les grandes enquêtes). Donc oui, c'est normal, et c'est précisément maintenant que ça se joue. La ligne à surveiller n'est pas l'intensité de ses doutes, c'est l'évitement. Elle n'évite pas les lieux (elle va à la danse, elle y va, et ça se passe bien), mais elle évite les actes, et c'est le sujet du paragraphe suivant. Si un jour elle se met à refuser des invitations, à rester à la maison, à lâcher une activité pour ne pas affronter un groupe, on passe la vitesse supérieure sans attendre.

Le mot « gênant »

C'est le mot-clé, et il mérite d'être pris au sérieux plutôt que comme un tic d'ado. La voiture devant l'école, parler fort, croiser une prof en ville, se faire remarquer, présenter de nouvelles copines : « gênant » couvre toute situation où elle pourrait être vue et jugée. Traduit, le mot veut dire « j'ai peur qu'on me regarde et qu'on pense du mal ». Le détail qui le confirme : les anciennes copines, aucun problème, elles sont même potes avec vous ; les nouvelles, impossible dans la même pièce. Ce ne sont pas les personnes qui changent, c'est leur statut : les anciennes ne jugent plus, les nouvelles sont encore des évaluatrices. Le mot est à la mode, ses copines l'emploient aussi ; chez elle, c'est l'étendue et l'intensité qui sortent du lot, et vous le voyez.

Deux choses à distinguer dedans. Il y a la gêne universelle de 13 ans (les parents devant la grille), qui ne lui coûte rien et passera seule. Et il y a celle qui lui coûte : ne pas dire bonjour à la prof, ne pas répondre à une nouvelle copine, ne pas présenter ses amies, ne rien oser dire dans un groupe. Chaque « c'est trop gênant, je pourrais pas » est un petit évitement, et c'est précisément ce qui maintient l'anxiété sociale : elle ne fait jamais l'expérience que la situation redoutée se passe bien. Elle n'évite pas les lieux, elle évite les actes, par centaines. C'est la vraie cible.

Ce qu'on fait avec « gênant »

Le brief du psy

Quand vous appelez (section 8), le brief n'est pas « des difficultés à l'école ». C'est : anxiété de performance et peur du jugement, à l'école et avec les pairs, perfectionnisme, rumination après coup. La TCC de l'anxiété sociale est, de toutes les thérapies de l'anxiété, l'une des mieux prouvées, chez les adultes comme chez les adolescents.

Ce qu'on fait, ce qu'on arrête

7 · L'école

Les aménagements raisonnables

La partie normée, en bref : c'est un droit, le rapport suffit comme justificatif, et la liste à demander est celle de la neuropsychologue (pages 24 et 25 du rapport). Le reste est du détail administratif, replié ci-dessous.

Ce qu'on demande : une place près de l'enseignant, loin de la fenêtre ; les consignes importantes par écrit ; les supports de cours fournis ; du temps supplémentaire aux évaluations ; un guide de ligne et un brouillon ; un local calme quand c'est possible. L'école connaît cette liste : elle sort du rapport, pas de notre imagination.

Le cadre, vérifié le 5 novembre 2026

Décret du 7 décembre 2017. La demande se fait auprès de l'école, par les parents, le CPMS ou un membre de l'équipe éducative. Le justificatif est un diagnostic posé par un professionnel de la liste de l'arrêté du 17 juillet 2019 : médecins, et aussi logopèdes, orthopédagogues cliniciens, psychologues, chacun dans son champ ; le CPMS peut lui-même poser le diagnostic. Le mot « neuropsychologue » n'y figure pas : vérifier que l'auteure du bilan porte le titre de psychologue (c'est le cas normal), et le rapport entre dans la case. Il n'y a plus de condition d'ancienneté d'un an pour une première demande.

Ensuite : une concertation (direction, conseil de classe, CPMS, parents), un protocole signé, mise en place « dans les plus brefs délais », évaluation du protocole chaque année. En cas de refus : conciliation par l'administration dans le mois, puis recours dans les dix jours ouvrables devant la Commission de l'enseignement fondamental et secondaire inclusifs, qui statue en 30 jours.

CE1D (juin 2028) : les aménagements utilisés en classe peuvent être reconduits aux épreuves externes ; certains se demandent par la direction, selon la circulaire annuelle (la dernière, n° 9668 du 24 février 2026, section F.1, page 19). À lire avec l'école en 2e, pas maintenant.

Une fiche pour les profs

Dix lignes, pas le rapport : qui elle est, ce qui l'aide, ce qui ne l'aide pas. Les enseignants lisent une fiche ; ils ne lisent pas 25 pages. Je peux la rédiger quand vous aurez vu l'école.

8 · Le suivi psy

Trouver la bonne personne, et la payer

Le mot « psychologue » couvre tout. Ce qu'il faut pour Line : une thérapie cognitivo-comportementale, par quelqu'un qui travaille avec des adolescents, sur l'anxiété de performance et le perfectionnisme.

Les trois questions au téléphone

  1. Êtes-vous formé(e) à la TCC, et l'utilisez-vous avec des ados ?
  2. Travaillez-vous l'anxiété de performance et le perfectionnisme scolaire ?
  3. Acceptez-vous de voir les parents aussi, quelques séances (c'est le volet SPACE) ?
Ce que ça coûte, vérifié le 5 novembre 2026
  • Psychologue conventionné INAMI, via le réseau enfants-adolescents : pour un jeune de 23 ans ou moins, 0 € par séance, sans prescription. « Soutien » : jusqu'à 10 séances individuelles par 12 mois ; « traitement » : en moyenne 10, jusqu'à 20, sur base du bilan fait à la première séance. La convention 2024-2026 est prolongée jusqu'au 31 décembre 2027 (circulaire INAMI 2025/006, lue en extrait, texte intégral à confirmer).
  • Où chercher : l'annuaire du réseau du Hainaut, psyhainaut.be, filtre « 12 à 14 ans » (fiches à Ath et à Mons), ou le moteur de l'INAMI. Le réseau s'appelle RHÉSEAU.
  • Partenamut, en plus : jusqu'à 20 € par séance, 20 séances, 400 € par an, chez un psychologue conventionné ou non. Utile si la bonne personne n'est pas conventionnée, ou au-delà du quota INAMI. Formulaire « demande d'intervention psychologie » rempli par le prestataire, envoyé via My Partenamut.
  • Déclic Psy (Partenamut) : trois consultations vidéo d'une heure par an, prises en charge, via la plateforme Rosa. Pas un suivi, mais un premier contact rapide si l'attente est longue.
Le piège

Conventionné ne veut pas dire formé à la TCC ni habitué aux ados. Les trois questions ci-dessus se posent à tous, conventionnés compris. Mieux vaut la bonne personne à tarif libre moins 20 €, que la mauvaise à 0 €.

9 · Avant de conclure

Trois vérifications avant le mot TDA/H

1. La vision

Le bilan s'est déroulé du 25 août au 20 octobre. Le coup à l'œil droit avec uvéite est du 5 septembre, en plein milieu. Le 16 octobre, le Dr Koch constate une myopie en hausse aux deux yeux et prescrit une correction plus forte ; les nouvelles lunettes arrivent vers le 14 novembre, donc après toutes les épreuves. Les épreuves effondrées (D2-R, Zazzo, localisation de points) sont des pages denses de petits signes, 5 à 10 minutes, en vision rapprochée, avec une ésodéviation de près qui fatigue justement là. Les épreuves courtes du même type sont bonnes. Ça ne contredit pas la neuropsychologue : ça impose une question qu'elle n'a pas posée dans le rapport.

2. Le Conners d'Émilie

Le rapport ne contient que le Conners du père, et il est nettement plus sévère que les deux BRIEF et que l'observation en séance (hyperactivité à T80, pour une adolescente décrite calme et plutôt lente qu'impulsive aux tests). Un seul évaluateur, c'est une opinion ; deux, c'est une donnée. Si le questionnaire d'Émilie a été rempli, le demander ; sinon, le remplir.

3. Le diagnostic, si vous le voulez

Pour les aménagements scolaires, le rapport suffit vraisemblablement (section 7). Un diagnostic formel de TDA/H est un acte médical (pédopsychiatre ou neuropédiatre) qui s'appuie sur ce bilan ; il n'a de sens que si vous envisagez un jour un traitement, ce qui ne se décide pas maintenant. La neuropsychologue elle-même place l'anxiété au premier plan : on commence par là, on refait le point dans six mois, lunettes et suivi psy en place.

10 · Les 30 prochains jours

Dans l'ordre

Sources

Ce sur quoi cette page s'appuie

Rapport : bilan neuropsychologique du 5 novembre 2026 (WISC-V, TAP, D2-R, Zazzo, NEPSY-II, Stroop, Tour de Londres, CMS, BTT, Figure de Rey, Conners parents, BRIEF parents). Études, par ordre d'apparition :

Limites, dites franchement : plusieurs de ces études portent sur des adultes ou de jeunes adultes ; les effets en classe sont plus petits qu'en laboratoire ; aucune n'a été faite sur une adolescente avec ce profil visuel. D'où la règle du « un à la fois », et le point à quatre semaines.